Go Back Go Back
Go Back Go Back

Entre héritage culturel et abandon des mutilations génitales féminines, une transition en marche dans le Gulmu, au Burkina Faso

Share

Nouvelles

Entre héritage culturel et abandon des mutilations génitales féminines, une transition en marche dans le Gulmu, au Burkina Faso

calendar_today 15 Mai 2026

 Les droits des femmes et des filles au coeur de la culture
Les droits des femmes et des filles au coeur de la culture

Au cœur de la région du Gulmu, la question des mutilations génitales féminines (MGF) demeure une réalité préoccupante. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2010, la prévalence de l’excision dans cette région était de 69,9% chez les femmes de 15-49 ans et 7,5% pour les filles de  0-14 ans. En outre en 2021 (EDS), la région enregistre une prévalence de l’excision  estimée à 43,5 % chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 1,4 % chez les filles de 0 à 14 ans, traduisant à la fois l’ampleur historique de la pratique et les progrès récents en matière de prévention d’autant plus que ces prévalences sont inférieures à la moyenne nationale à savoir 56% pour les 15-49 ans et 9% pour les 0-14 ans (EDS 2021). Ces dernières années, une dynamique de transformation sociale s’y dessine, portée à la fois par les communautés elles-mêmes, les leaders coutumiers et les jeunes. 

Deux termes, deux réalités : comprendre pour mieux agir !

Pour comprendre l’évolution des mentalités dans le Gulmu, il faut s’arrêter sur une nuance sémantique capitale endogène : la distinction entre l'excision "noire" et l'excision "blanche’’. Une particularité locale qui mérite une attention particulière. 

A l’Est, plus precisément dans le Gulmu, ‘‘l’excision noire’’ désigne l’acte physique d’ablation du clitoris, une pratique punie par la loi reconnue comme une mutilation génitale féminine, avec des conséquences graves sur la santé physique et psychologique des femmes et des filles. À l’inverse, ‘‘l’ excision blanche’’ se détache de toute atteinte à l’intégrité du corps pour ne conserver que la dimension culturelle et initiatique: c’est un temps d’apprentissage consacré  à la transmission de valeurs sociales, familiales et matrimoniales.

Cette distinction, désormais bien comprise dans certaines localités comme Fada, permet d’ouvrir un espace de dialogue et une alternative respectueuse à la tradition. Elle permet ainsi aux communautés de protéger les droits fondamentaux des femmes et des filles tout en préservant leur héritage culturel.  

Le Chef O'Tindano est un acteur très engagé vers ce changement
Le Chef O'Tindano est un acteur très engagé vers ce changement

Le chef de terre (O’Tindano) a confirmé que l’excision dite « noire » n’est plus pratiquée dans leur communauté, tandis que l’« excision blanche » demeure un pilier traditionnel essentiel  pour préparer les jeunes filles à leurs vies  de femme. C'est en respectant cet attachement communautaire à l'excision "blanche" que la fin de la pratique mutilante devient une réalité acceptée et durable. 

Entre pression sociale et transformation progressive

Malgré les progrès, les mutilations génitales féminines (MGF) restent encore profondément enracinées dans les normes sociales du Gulmu. Le poids des normes est tel que, dans certaines familles, renoncer  à l’excision expose encore les jeunes filles à la stigmatisation, une exclusion sociale ou perte de privilèges sociaux, voire de statut au sein de la communauté. 

Face à ce défi, un compromis communautaire émerge progressivement : l’abandon définitif  de l’excision « noire » au profit du maintien de  l’initiation « blanche ». Une pratique, qui peut durer de un à huit jours pour les filles et jusqu’à trois mois pour les garçons, continue de jouer un rôle clé dans la préparation à la vie adulte et au mariage.

En préservant cette transmission de valeurs,  le Gulmu réussit une  transition délicate: rester fidèle à son héritage et aux valeurs culturelles tout en garantissant la protection et les  droits des femmes et des filles.

Une dynamique communautaire en pleine consolidation

Les résultats du Programme global conjoint entre UNFPA et UNICEF pour l’élimination  des MGF (PC-MGF) soulignent l’efficacité de cette approche. Les chiffres  du  rapport 2025 de ce programme  PC-MGF, témoignent d’une avancée significative:  154 communautés ont officiellement déclaré l’abandon des mutilations génitales féminines à l’échelle nationale grâce aux interventions financées par l’UNFPA. La région du Gulmu, avec les localités telles que Fada, se place à l'avant-garde de ce mouvement, avec 122 villages ayant franchi le pas de la déclaration publique.  Ces avancées sont le fruit d’un travail de terrain  intensif,  incluant des dialogues communautaires, des causeries éducatives dans les espaces sûrs, des campagnes médiatiques/digitales et des sensibilisations de proximité auprès des familles.   

Au cœur de cette réussite, les leaders communautairesLeaders communautaires agissent comme de véritables pédagogues du changement. La clarification contextuelle, menée par les leaders qui utilisent eux-même les termes ‘‘excision noire’’ et ‘‘excision blanche’’ comme outils pédagogiques, a été essentielle pour faciliter l’adhésion progressive des communautés, en distinguant l’initiation culturelle de la pratique mutilante. Les jeunes qu’ils soient scolarisés ou non, ont largement assimilés ces notions, associant clairement l’excision noire à une pratique néfaste et l’initiation blanche à un cadre d’apprentissage social. Cette clarification conceptuelle est devenue leur outil le plus puissant : elle permet de dissocier la violence de la culture, rendant l'abandon de la pratique mutilante non seulement acceptable, mais légitime aux yeux de tous. L'engagement des leaders communautaires est donc un socle solide de ce changement.

Des notions progressivement appropriées par les communautés

Les jeunes garçons et filles de la communauté se positionnent contre la pratique de l'excision noire
Les jeunes garçons et filles de la communauté se positionnent contre la pratique de l'excision noire

 

Dans plusieurs espaces de sensibilisation réunissant des jeunes filles et garçons, scolarisés ou non, ces notions apparaissent aujourd’hui comme largement assimilées. D’un côté, l’excision dite « noire », associée à l’ablation et reconnue comme néfaste ; de l’autre, l’initiation dite « blanche », perçue comme un cadre d’apprentissage social et culturel. 

Cette appropriation progressive traduit une évolution importante des perceptions, où la culture  se distingue nettement des pratiques préjudiciables.

A cet effet, les jeunes garçons se sont organisés en réseaux pour défendre les droits des filles, déconstruire les stéréotypes de genre et promouvoir une masculinité positive. Ils changent d’attitude et ne s’opposent plus aux mariages avec les filles non excisées, tout en invitant leurs pairs à ne pas être auteurs, ou  complices de la pratique de l’excision. 

Une mémoire vivante pour protéger l’avenir !

Cette transition prend tout son sens à travers les voix des survivantes de la pratique.

Roseline (nom d’emprunt), âgée d’une soixantaine d'années, a livré un témoignage poignant, motivée par son souhait d’épargner cette épreuve aux générations futures. Excisée à l’âge de 15 ans, elle continue de porter les séquelles aussi bien  physiques que  psychologiques de cette expérience.

« L’excision ne m’a rien apporté de positif, ni pour ma santé ni pour ma vie de femme, si ce n’est la souffrance. »

Après son mariage, la peur des relations sexuelles l’amenait à éviter le lit conjugal, retardant la naissance de son premier enfant pendant plusieurs années. Ce n’est qu’avec un accompagnement et des conseils qu’elle a pu progressivement surmonter ce traumatisme.

Aujourd’hui, elle s’engage activement dans la promotion de l’élimination  des MGF.

Son témoignage rappelle une réalité essentielle : si la distinction entre « excision noire » et « excision blanche » avait été établie plus tôt, de nombreuses souffrances auraient pu être évitées.

Vers une conciliation entre culture, respect des droits et dignité !

La culture a un rôle prépondérant dans le Gulmu

La dynamique observée dans le Gulmu montre qu’un changement est possible lorsqu’il s’appuie sur les réalités locales. En dissociant clairement mutilation et initiation, les communautés tracent une voie vers un modèle où la culture est préservée sans compromettre l’intégrité physique et où culture et dignité des femmes peuvent enfin coexister.

Le défi reste toutefois de renforcer la compréhension de ces notions au-delà des zones déjà sensibilisées, afin d’éviter toute confusion et de garantir l’abandon total de l’excision « noire ».

Car au-delà des mots, c’est bien la vie et le bien-être des femmes et des filles qui sont en jeu.

Dans cette dynamique nationale et locale, le Burkina Faso réaffirme son engagement à mettre fin aux mutilations génitales féminines, notamment à travers des actions fortes lors de la commémoration de la journée nationale de lutte contre la pratique de l’excision , instituée le 06 juin 2001 et célébrée chaque 18 mai. Cette volonté politique est soutenue par des partenaires techniques et financiers, dont l’UNFPA et l’UNICEF, qui, à travers le Programme conjoint (PC-MGF), accompagnent les efforts du Gouvernement en matière de prévention, de prise en charge et de transformation sociale.